Exercice inédit d’écriture créative 272

Cela faisait un mois que ce nuage était là, immobile dans le ciel, à nous observer avec un petit sourire en coin. La plupart le trouvaient menaçant, les autres s’en amusaient. C’est quand il se mit à cligner de l’oeil chaque fois qu’une jolie personne passait ou à grimacer s’il la trouvait vilaine que…

Imaginez la suite

Mon texte :

Cela faisait un mois que ce nuage était là, immobile dans le ciel, à nous observer avec un petit sourire en coin. La plupart le trouvaient menaçant, les autres s’en amusaient.

Je dois d’abord vous expliquer que depuis toute petite, je m’étais prise de passion pour eux. De là où je viens, il n’y en avait pas forcément beaucoup, alors dès que j’en apercevais un, je l’analysais sous toutes les coutures. Scrutant l’horizon, j’y voyais des chats, des licornes, des sorcières… C’était un petit jeu assez drôle que j’ai vite partagé avec quiconque en éprouvait l’envie. Petit à petit, je suis devenue une aficionada de la météo en général et par chance mais pas seulement, j’ai même pu en faire mon métier. C’est ainsi qu’aujourd’hui, je fais partie des quelques élus grâce à qui Catherine Laborde peut vous annoncer que nous allons vivre « une vraie journée comme on en rêve, une vraie journée d’été » ou bien au contraire « que la grisaille va avoir du mal à s’estomper ».

Mais revenons à lui. Dès son apparition dans le ciel, ce nuage m’avait intrigué. Je n’étais pas vraiment arrivé à lui définir un profil. Chaque jour, je le regardais toujours au même endroit, et tous les jours, j’y voyais quelque chose de différent. Je le savais bien, c’était le même mais il avait l’air de se transformer à chaque fois, comme une sorte de caméléon insaisissable. Un jour, un bibendum, le suivant, un mouton, ensuite un angelot. Et cela faisait déjà quelques temps que ce dernier me narguait à présent. Il jouait avec mes nerfs. Mais c’est quand il se mit à cligner de l’œil chaque fois qu’une jolie personne passait ou à grimacer s’il la trouvait vilaine que j’ai compris que je commençais vraiment à délirer.

Je me frottais les yeux. Impossible. Et si seulement ça c’était arrêté là… Le lendemain, tandis que je me rendais à mon travail en passant par le Pont Neuf, je levais à nouveau la tête. Le nuage me narguait, il faisait une sorte de danse bizarre, bougeant ses bras, ses jambes dans tous les sens… Je ne comprenais plus rien. J’avais fait ma cure de vitamines pourtant, je ne pouvais pas être si fatiguée. Qu’est-ce qui se passait alors ? Arrivée dans mon bureau, je m’assis et regardai par la fenêtre. Le cumulus était toujours là mais avait cessé ses gesticulations. Je crois que j’avais tout simplement besoin d’un peu de vacances. Partir à l’autre bout du monde, au soleil, sans un nuage pour venir perturber ces moments de détente me ferait du bien. J’avais reçu une brochure hier au courrier, je la feuilletterai ce soir.

En fin d’après-midi, je repris mon trajet habituel pour rentrer. De nouveau, mon nuage que j’avais finalement baptisé Rango (et pourquoi pas ?) me fit une nouvelle chorégraphie. Et tandis que je marchais, absorbée par ce spectacle, je m’entendis lui dire à haute voix :
– Mais qu’est-ce que tu me veux à la fin ?
Je vis alors Rango se mettre les mains sur les yeux en signe de désarroi avant que la réalité ne me rattrape à nouveau :
– Pardon ? Vous m’avez parlé ?
Oups… Voilà que même les passants allaient me prendre pour une folle. J’essayais de sauver la mise.
– Non, excusez-moi, j’étais au téléphone.
Je ne savais pas trop si la personne m’avait cru ou pas mais Rango était sous le charme, me multipliant les clins d’œil depuis tout à l’heure. Son élégance ne le ou la laissait pas indifférent(e) visiblement. Mazette, voilà que je commençais à me demander si les nuages avaient un sexe.
Devant moi, mon cadre sup, en costume cravate, reprit en souriant :
– Eh bien, je n’aurais pas aimé être votre interlocuteur. Vous devez être dure en affaires, vous.
Je répondis presque spontanément.
– Je travaille comme ingénieur dans le domaine de la météorologie alors vous savez les affaires, ce n’est pas vraiment mon truc.
Voilà que je déballais ma vie à cet homme que je connaissais à peine et qu’en même temps, je crois, je médisais sur son travail. J’essayais de me raccrocher aux branches.
– Mais, il faut de tout pour faire un monde. Je ne dis pas ça pour critiquer.
Il sourit encore. Et moi, je me trouvais toujours aussi ridicule. Il s’appelait Etienne et ne m’en voulait pas du tout. Il m’expliqua qu’il copilotait le pôle de biologie de l’hôpital tout proche. Et à sa façon d’en parler, il avait l’air aussi enthousiasmé que moi par son travail. Pris par notre conversation, nous avons continué de faire un bout de chemin ensemble tandis que nous rejoignions tous les deux le quartier des Carmes, où il m’invita finalement à boire un verre.

Tandis que nous étions sur le chemin du retour, j’observais encore le ciel. La nuit était maintenant sur le point de tomber et le temps se gâtait. Je n’étais pas surprise, j’avais repéré quelques cirrostratus qui ne mentaient jamais. Une dégradation se préparait et Rango avait cédé sa place à de menaçants cumulonimbus. Nous avons hâté le pas mais n’avons pas pu y échapper. Le flot de cette averse d’été déferla sur nous comme les vagues sur l’océan.

Au détour d’une ruelle, Etienne m’attrapa par le bras pour nous abriter sous un porche. Surprise, je vacillai et tombai dans ses bras. Il essuya l’eau qui ruisselait sur mon visage et me regarda droit dans les yeux.
– Avoue-le, c’est toi qui m’a tendu ce piège, m’accusa-t-il.
Je me mis à rire à gorge déployée. Si ce soir, j’étais folle, c’était seulement de lui.
– Ah non, non… c’est lui là-haut ! m’exclamai-je alors en désignant le ciel. C’est lui et je lui dis merci. Merci mille fois.
Puis je l’embrassai.

Exercice proposé par Pascal Perrat et mis en ligne sur son blog : https://www.entre2lettres.com/10449-2/


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