Exercice inédit d’écriture créative 260

Madame, Monsieur, libraire à…..
Veuillez trouver ci-joint un chèque
de dédommagement de ….€

pour le livre que je vous ai volé
quand j’étais étudiant (e).

C’est vraiment peu au regard de tout ce que cet ouvrage m’a apporté.

Complétez les blancs et inventez la suite

Mon texte :

Madame, Monsieur, libraire à Lille. Veuillez trouver ci-joint un chèque de dédommagement de 15€ pour le livre que je vous ai volé quand j’étais étudiante.
C’est vraiment peu au regard de tout ce que cet ouvrage m’a apporté.
Je suis tombée amoureuse de lui dès que je l’ai lu. D’habitude, j’étais plutôt empotée et je finissais toujours par mettre les pieds dans le plat. À cette époque, je terminais mes études, et il faut avouer que j’avais un peu de mal à joindre les deux bouts. Une fois le loyer payé, j’avais bien du mal à repartir ce qu’il me restait pour le mois. Alors quand je vous ai vu partir dans l’arrière boutique, j’ai saisi l’occasion. J’ai furtivement caché le précieux livre sous mon manteau, et je suis sortie. Restée dehors, devant la vitrine, je guettais votre retour, inquiète. De retour au milieu des rayonnages, vous avez continué consciencieusement votre travail. Moi, j’hésitais à vous rendre l’objet du délit, mais je suis finalement rentrée chez moi, honteuse. Je n’avais jamais rien volé. Ce n’est pas comme cela que mes parents m’ont éduqué. Mais la tentation fut trop forte ce jour-là, et le besoin aussi. Cela ne s’est jamais reproduit depuis.
Je suis rentrée chez moi et j’ai commencé à le feuilleter. Je repensais à lui. Nous nous étions connu au lycée, il était ce garçon que toutes les filles regardent. Il avait beaucoup d’amis. Nous nous parlions parfois mais je l’observais surtout de loin, entouré de ses groupies. Je ne l’aimais pas. Non, mais je l’admirais. Je l’admirais pour son regard bleu, dans lequel j’aurai aimé plonger comme on plonge dans l’océan. Je l’admirais pour sa façon de jouer du violoncelle, lors de la dernière fête de la musique. Je m’étais mise toute au fond de la salle. Il ne me voyait pas mais moi, j’avais passé un moment merveilleux à l’écouter m’emporter dans les contrées lointaines des différents compositeurs qu’il sublimait. Je l’admirais pour ses convictions qui ne l’ont jamais quitté depuis. Nous nous étions revus par hasard lors d’une soirée chez des amis communs. Nous avions parlé comme jamais et je découvrais quelqu’un que je connaissais pas. Il voulait être médecin. Voila une idée généreuse. Il pensait aux autres, au moins autant qu’à lui-meme. Je n’aurait jamais cru une telle chose possible. Car oui, je le voyais sur de lui et incapable d’aimer sincèrement. Mais il avait l’air de pouvoir être un ami fidèle et j’en avais bien besoin en ce moment.
Alors lorsque nous étions sur le point de nous séparer, je lui ai proposé de se revoir, de venir à la résidence manger un soir par exemple. Quelle idée j’avais eu ! J’étais la pire cuisinière du monde, ce dîner s’annonçait catastrophique! C’est là que mon amie me l’a conseillé.
J’ai choisi la recette qui me semblait la plus facile à réaliser. J’ai commencé, mais rien ne s’est passé comme prévu. Il est arrivé en avance. Il avait apporté des bonbons. J’ai souri. J’étais debout dans la cuisine, mon tablier recouvert de sauce. Je n’avais pas eu le temps de me changer. Il m’a dit que ce n’était pas grave. On venait de deux mondes différents. Mais ce soir là, dans cette cuisine, nous avons décidé de le refaire à notre façon.
Et nous ne nous sommes plus jamais séparés. Aujourd’hui je suis à l’aube de mes soixante printemps, j’ai trois petits enfants aussi espiègles qu’adorables. La plus grande m’aide souvent à confectionner des gâteaux que nous piochons dans ce beau livre. Et sa mère à voulu le récupérer un jour. Je n’ai jamais pu me résoudre à le jeter ou à le céder à qui ce soit. Trop de souvenirs y sont attachés. Peut-être plus tard… Mais pour le moment, j’aime à feuilleter ses pages, usées, parfois déchirées ou collantes. Je souris à nouveau en me remémorant tous ces moments. Je ne vous ai jamais oublié. Je me suis toujours demandé su vous l’aviez fait exprès. Que vous aviez vu, mais que vous n’aviez rien dit. Et c’est en passant devant votre vitrine il y a peu en me rendant au parc Mistral avec Cécile que j’ai décidé de vous écrire cette missive.
Je vous présente encore toutes mes excuses mais je ne regrette rien. Merci pour toutes ces années de bonheur.
Cordialement

Exercice proposé par Pascal Perrat et mis en ligne sur son blog : https://www.entre2lettres.com/exercice-inedit-decriture-creative-livre-vole/


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