Dream a little dream (version longue)

Pour l’atelier « je deviens écrivain » j’avais écris une version courte mais à la base, la version originale, c’était celle-ci. J’avais envie de la partager avec vous aujourd’hui. Je trouve qu’elle ferait un bon début de polar. Qu’en pensez-vous?

Ce soir, j’ai rendez-vous avec elle. Je hâte le pas. Elle m’a dit qu’elle avait une surprise pour moi. Ça tombe bien… j’adore les surprises. D’ailleurs moi aussi j’en ai une pour elle, une babiole à un millier d’euros. Pas vraiment dans mes moyens mais je ne sais pas, une envie de lui montrer qu’elle compte pour moi, quitte à me foutre dans la merde jusqu’au cou.

Elle dit toujours qu’elle vaut pas la peine de tout ce que je lui donne. Je lui répond que personne ne vaut la peine. Y’a qu’à voir les types qu’on croise dans notre métier. Car elle et moi faisons le même. C’est à croire que je n’ai toujours été attiré que par mes compagnons d’infortune. On se comprend d’un regard et si l’autre ne veut pas parler, on se doute qu’aujourd’hui était un jour sans. On ne le force pas à mettre des mots sur son malaise.

C’est notre troisième rendez-vous. J’ai toujours trouvé que trois était un bon chiffre alors c’est décidé, si ce soir, ça se passe bien, je vais lui annoncer mon intention de déménager pour me rapprocher d’elle. Ca me fera un peu plus de trajet car elle habite plus près de son poste et de fait, plus loin du mien. On ne travaille pas dans le même secteur. On ne se croise jamais. C’est mieux. Au moins, quand je suis avec elle, le taf n’existe plus.

Je crois que je suis en train de tomber amoureux. Putain, moi… Si quelqu’un m’avait dit que ce serait encore possible à mon âge, pas sûr que je l’aurais cru. La vie m’a donné trois gosses et leur mère et je trouvais ça déjà bien assez à gérer.

Je glisse doucement, avec délectation, dans une situation qui va en empirant. Je m’en fous. J’aime ça. Toute ma vie, j’ai suivi le droit chemin. Toute ma vie, j’ai été un bon petit gars. Pour ce que ça m’a apporté. Alors maintenant…

Je sors du boulot et je crève d’envie de la voir. Il est six heures, j’arrive avec les croissants. Comme après notre première nuit. Quand j’en ai parlé au boulot, ils m’ont pris pour un tarré de m’emballer comme ça pour ce qui leur semblait un simple plan cul. Alors, oui, je m’emballe et eux, ils sont juste jaloux. Comment moi à cinq ans de la retraite, avec ma gueule cassée, j’ai pu séduire cette brindille à la peau diaphane et aux yeux de verre ?

Je n’ai plus le temps de me poser la question. Je frappe. Pas de réponse. Une musique sourde s’échappe du salon. La porte est ouverte, j’entre. Je pose les croissants sur la table de la cuisine et prépare du café.

En attendant qu’il passe, je vais la rejoindre. Dans le salon, la lampe de chevet à côté du canapé est resté allumée. J’aime cette ambiance feutrée.

– Claire ?

Je me souviens de la première fois où l’on s’est rencontrés. Le jour où elle a changé le cours de ma vie. Si j’avais su, j’aurais pas venu, c’est comme ça qu’on dit ? Et bien, croyez le ou pas mais malgré tout, si j’avais su, j’aurais venu quand même.

Je traverse le couloir et pousse la porte doucement pour ne pas la réveiller. La lumière est éteinte et le volet laisse filtrer juste assez de lumière pour que je devine son visage, penchée sur le côté, à la lisière de la couette. Les longs cheveux noirs de ma poupée de porcelaine glissent sur l’oreiller. A genoux au pied du lit, je l’embrasse dans le cou en passant ma main sous les draps.

D’un seul coup, mon sang se glace mais sûrement pas autant que le sien. Je n’ose pas bouger, je n’ose pas affronter ce qui m’attend. J’ai pourtant l’habitude mais là… C’est à moi que ça arrive. Je ne veux pas. Sous mon impulsion, tout ce qui la maintenait dans son cocon virevolte et laisse apparaître sa cage thoracique béante.

Il y manque l’essentiel : le cœur. Le meurtrier n’a pas pris soin de refermer, l’écarteur est encore en place. Pourtant il n’a pas fait ça à la sauvage, je sens qu’il a procédé avec méthode, qu’il a aimé ça. Se pencher sur son corps, ligaturer les vaisseaux pour que son espace de travail reste propre, détacher délicatement l’organe du reste. Il a nettoyé avec précaution. D’ailleurs, il n’a sûrement pas fait ça ici. Je ne me souviens pas avoir repéré de trace d’effraction, de sang, de lutte dans l’appartement. Non. C’est même une ambiance chaleureuse et feutrée qui m’a cueilli comme un fruit mur… une mise en scène ? Je remarque qu’au salon, c’est la même chanson qui tourne en boucle depuis tout à l’heure. Dream a little dream… Un message ? Ma tête tourne. Sur l’intérieur du bras droit, je devine des lacérations en forme de lettres. E-V-E. Eve.

Je vomis au pied du lit, je pleure, je me dégoûte. Pas longtemps. J’entends du bruit, j’ai à peine le temps de bouger. L’entrée est fracassante, les gestes étudiés, l’équipée progresse rapidement dans l’appartement. Puis, une voix imposante se fait entendre.
– Levez les mains et tournez vous lentement.
Face à moi, ma future ex-femme, Maggie, me toise, incrédule :
– Adam ?
Son collègue me dévisage à son tour :
– Alors c’est vous le fameux lieutenant Brochard ?
Petit silence.
– C’est marrant, je vous voyais plus grand.


2 réflexions sur “Dream a little dream (version longue)

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