
Disclaimer :
Si vous utilisez l’intelligence artificielle générative (IAg) tels que Gemini, Claude, Chat-GPT… cet article ne vise pas à vous culpabiliser ni à vous convaincre de ne plus le faire. Je vous y présente seulement les raisons pour lesquelles je ne l’utilise pas moi-même. J’ai bien conscience que certaines personnes en font un usage professionnel, que cet usage peut être raisonné et indispensable au fonctionnement de leur activité. Je partage simplement ici une réflexion, qui je l’espère, mènera à une discussion en commentaires, et peut-être vous fera réfléchir sur vos propres usages de l’outil, que ce soit en perso ou en pro.
1. J’ai essayé
L’argument qui revient souvent quand on dit que quelque chose ne nous convient pas, c’est qu’on n’a pas essayé et/ou qu’on ne sait pas faire fonctionner ledit outil correctement. C’est pas tout à fait faux et je l’entends. Seulement, je crois qu’en cherchant trop qui a raison et qui a tort, on occulte une chose : l’humanité est bien plus complexe que ça. Quelquefois, tout le monde a « raison », et d’autres, tout le monde a « tort », c’est seulement une question de point de vue. Et comme diraient certaines personnes, c’est OK. 😉
Même si j’ai tenté et que ça ne me convient pas, j’aimerais vous partager mon opinion sur le fait que cet argument ne tient pas la route, en tout cas pour ma pomme.
L’IAg en tant qu’artiste peut être utilisé pour les recherches, la relecture éditoriale, générer des résumés, des visuels, des articles, des posts… Parmi ces choses, j’aime en faire certaines, d’autres non, j’aime aussi travailler avec d’autres personnes pour certaines tâches. Aussi, la question que je me pose, c’est : dois-je continuer à faire des choses que je n’aime pas ou les sous-traiter à une IAg simplement parce que certaines personnes ont décidé que « c’était comme ça qu’il fallait faire ». Comment ça pourrait convaincre les gens de s’intéresser à mon activité, alors que ça ne marche même pas pour moi ?
Si quelqu’un se mettait à la cuisine ou au tricot, qu’il kiffait ça de fou, et vous disait « faut vraiment t’y mettre, c’est génial! » . Si vous n’aimiez pas ça, vous lui diriez simplement que vous n’en avez pas envie. Pour moi, c’est pareil pour l’IAg. Y’a plein de bonnes raisons de se mettre à la cuisine ou au tricot, tout comme y’a des raisons d’utiliser l’IAg. Si vous n’aimiez pas le tricot, vous n’iriez pas dépenser du temps, de l’énergie et de l’argent, pour vous y former, si ?
Pour ma part, je suis en indépendant, la seule personne qui m’oblige à faire les choses, c’est moi 😄 et le marché de l’édition évidemment. 😅 Si quelque chose ne me convient pas, qu’il y a une solution alternative qui me convient davantage – car oui, l’idée, ce n’est pas de se tirer une balle dans le pied et de faire banque-route – alors je prends ce qui me convient. J’innove si j’ai envie d’innover, je sors de ma zone de confort, je prends des chemins de traverse. Parce que c’est ça que j’aime, et que j’ai l’impression, avec le temps, que c’est ce que vous aimez aussi chez moi. Que je kiffe ce que je fais et que je le fasse à ma sauce, avec originalité et conviction.
2. Ça manque de sens et d’attrait à mes yeux
En tant qu’artiste, je trouve contre-intuitif d’utiliser des IA génératives, notamment pour les visuels de promo. D’ailleurs, en tant que consommatrice, ça peut même me rebuter si je ne connais pas la personne directement. Un événement, une pizza, un service, si l’affiche est faite avec une IA et que c’est très visible, ça me sort du contenu et je peux zapper vite. La plupart des contenus générés par IA sont formatés au niveau des nuances de couleurs, de la police d’écriture, de la disposition des blocs, ce qui rend parfois aussi difficilement visible le propos. Car, oui, selon moi, on ne met pas en valeur une pizza comme on parle d’un bouquin 😅
3. Raisons éthiques et environnementales
- J’entends par éthique « qui a rapport aux conduites humaines et aux valeurs qui les fondent » (définition du dictionnaire de l’Académie Française).
Pourquoi la plupart des gens utilisent l’IAg ? Pour gagner du temps. Produire toujours plus, toujours plus vite, une logique très cohérente avec la société capitaliste dans laquelle on vit aujourd’hui, mais dans laquelle, perso, je ne me retrouve pas. J’ai 40 ans passés et je suis plutôt dans une logique de décroissance et de minimalisme.
Je préfère ralentir cette course effrénée à la (sur)production. Je préfère moins mais mieux. Je préfère des heures de recherche pour mes livres, des visionnages, des lectures sur le sujet qui m’intéresse, recouper les informations. Ça fait partie de mon taf, ça me passionne. Pourquoi m’en priver ?
Certaines personnes me rétorqueront peut-être que les métiers évoluent, que les technologies évoluent, qu’il faut vivre avec son temps… Je répondrai au nom de quoi ? Qu’est-ce qui m’oblige ? En vérité, rien. J’écoute encore des K7 (oui, oui 😂) j’utilise de moins en moins les réseaux sociaux « classiques » et mon téléphone portable, je ne cherche pas à tout prix à être dans le vent et dans la perfection. Parfois, je me repose. Parfois, j’aime m’ennuyer. Parfois, je fais des erreurs. Je suis une humaine, quoi.
- Pour les raisons environnementales, ça rejoint un peu le point précédent, mais j’ai envie de préciser.
L’IA générative utilise des ressources pour ses requêtes. Et qui dit plus de requêtes, dit plus grand besoin en ressources.
Dans un contexte d’urgence agricole et sanitaire, dans un contexte où on va venir peut-être à manquer d’eau pour boire et produire des légumes en local, dans un contexte où les canicules vont occasionner davantage de souffrances humaines chez des personnes déjà démunies, est-ce que j’ai envie d’utiliser une IAg qui ne m’est finalement pas tellement utile ? Évidemment, ma réponse est non. Que ce soit pour répondre à mes questions, pour me divertir, ou pour mon travail, j’ai d’autres moyens moins couteux en ressources.
Aussi, je ne veux pas utiliser l’IAg car son utilisation va nécessiter la mise en place de data centers, gourmands en eau et en énergie, dans un monde à venir de plus en plus en tension. Je vis à la ferme, le maraîchage permet de produire des fruits et légumes en circuit court, en bio, en agriculture raisonnée, c’est là que j’ai envie de mettre de la ressource, de l’eau, de l’énergie, pas dans des data centers. C’est un non-sens pour moi de mettre nos ressources dans des data centers plutôt que dans des éléments essentiels à la survie humaine, animale, végétale.
Car, n’oublions jamais, la nature se débrouille très bien sans nous. Et si nous nous auto-détruisons, elle, ne manquera pas de renaître.
Je vous partage un article du média Reporterre si le sujet vous intéresse : https://reporterre.net/ChatGPT-Deepseek-Gemini-combien-d-energie-coute-vraiment-une-requete
4. Manque de fiabilité et subjectivité des réponses
C’est quoi l’IA générative ? Comme son nom l’indique, une intelligence artificielle va générer de l’information à partir de bases de données disponibles. Le fait que l’échange se passe par discussion peut faire illusion et réconforter, mais c’est une machine. Intelligente, oui, mais une machine. Elle compile, elle mouline, elle trie, elle compulse, à partir de données qui l’ont entrainée, mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, lorsque j’ai essayé, je n’étais jamais satisfaite du résultat, qui était soit trop formaté, soit à côté de la plaque, soit mal sourcé.
Vous voyez arriver les biais ?
Si votre base prend appui majoritairement sur des articles à succès (comprendre : son algorithme lui dit que ça a été lu et relu des milliers de fois) et/ou si votre base prend appui sur ce qui est disponible, vous introduisez plusieurs problèmes, à mon sens :
- le succès d’un article ne garantit en aucun cas qu’il est fiable, donc vous prenez le risque d’intégrer ou de diffuser de fausses informations
- votre contenu peut rapidement devenir formaté car il est allé chercher « ce qui marche » , parfois sans aucune nuance. J’en conviens, c’est pareil pour les moteurs de recherche, mais je trouve plus facile de comparer des données dans un moteur de recherche ou dans des bouquins que dans une recherche IAg.
- plus les lignes éditos des bases de données seront formatés voire politisés, plus le risque sera grand à long terme d’être influencé, malgré soi, pour des sujets à controverse, et ça, je trouve que c’est inquiétant
5. Possibilité de manipulations et risques pour la santé mentale
Les IAg peuvent perpétuer des biais notamment racistes, sexistes et d’autres discriminations. Elles peuvent rendre davantage vulnérables des personnes qui le sont déjà, notamment les jeunes, avec l’illusion d’avoir une « personne » toujours disponible pour trouver une solution et/ou avec qui ils et elles peuvent confier leur mal-être. Une étude américaine du MIT montre également une dette cognitive suite à l’utilisation d’IAg : https://itsocial.fr/intelligence-artificielle/intelligence-artificielle-articles/dette-cognitive-ce-que-lia-fait-vraiment-a-notre-memoire/
Ce qui pourrait mener à plus ou moins long terme, dans le cadre d’une utilisation intense, sans réflexion sociétale et personnelle particulière, à une perte de l’esprit critique. En gros, notre capacité de jugement pourrait être altéré. À partir de là, tout devient possible pour les personnes souhaitant en manipuler d’autres. Il y a déjà des tas d’arnaques produites par IA.
Au delà de ça, face à l’essor des contenus de masses et des deepfakes, il va devenir de plus en plus difficile de démêler le vrai du « moins vrai » voire du faux. Au final, cela demandera plus d’efforts au cerveau humain et de temps pour vérifier – ces efforts seront-ils fait par les utilisateurs ? Si la réponse est non, le risque est d’intégrer du faux à la place du vrai.
Je vous renvoie à cet article d’Amnesty international : https://www.amnesty.fr/actualites/intelligence-artificielle-les-sept-choses-qu-on-ne-vous-dit-pas/
Et à cet interview du 14 décembre 2025 dans C politique, que je trouve intéressante, notamment sur le sujet de la santé mentale : https://www.youtube.com/watch?v=LWEyVQZ7Stg
Raison bonus : IA, arme de destruction massive ?
Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les personnes qui travaillent sur l’IA. Qu’on y croit ou pas, je pense qu’il est important de réfléchir aux risques encourus pour l’humanité si on normalise le fait d’y recourir, sans aucun moyen de contrôle. Une machine n’est ni gentille ni méchante, son but est de répondre au besoin exprimé par l’humain, peu importe les moyens. Elle ne réfléchira pas à si « c’est bien » ou si « c’est pas bien ». Je pense que c’est important d’en avoir conscience.
Je vous renvoie vers un article sur le sujet publié en septembre 2026, il y en a d’autres : https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/09/les-gens-qui-construisent-l-ia-croient-qu-elle-pourrait-tous-nous-tuer-d-ici-a-la-fin-de-la-decennie-le-chercheur-jacob-coxon-qui-a-travaille-pour-anthropic-et-openai-quitte-l-industrie_6768853_3234.html
Et voilà, nous avons fait le tour de mes raisons. Vous me direz peut-être que ça manque de nuances. J’en conviens, puisque je ne vous expose ici seulement les raisons pour lesquelles j’ai fait le choix de ne pas utiliser. Évidemment qu’il y a des choses à mettre en face dans la balance, et peut-être que si vous êtes utilisateur/utilisatrice, vous m’en parlerez en commentaire.
En tout cas, en ce qui me concerne, à ce jour, j’en suis là. Les conditions d’utilisation ne me satisfont pas et j’ai fait ce choix de ne pas utiliser l’IAg – choix que je pense actuellement impopulaire, à vous de me dire. Rien n’est gravé dans le marbre, et si une évolution voit le jour, je reverrai peut-être cette opinion. En attendant, j’assume totalement celle que j’ai pour le moment. Parce que je ne suis pas parfaite, que je fais du mieux que je peux pour être en accord avec mes valeurs et ce, même si elles semblent à contre-courant. Et, en vrai, je suis peut-être optimiste, mais je crois que c’est aussi pour ça que les gens qui me suivent, me suivent. Alors pourquoi changer ?
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