Les voyages en train

Céleste en était sûre. Elle avait fait le bon choix.
C’était un peu avant Noël et c’est vrai que cela s’était décidé sur un coup de tête.
Mais ce n’était pas grave. Quelques semaines déjà qu’elle échangeait avec Dorian sur messenger et elle ne se satisfaisait plus de cet amour longue distance.
Céleste ne savait pas vraiment ce qu’elle voulait, ni où cela l’emmènerait.
Elle venait de prendre place dans un train de nuit pour le bout de trajet entre Valence et Lyon. Les yeux encore plein de sommeil, elle s’était enfoncée dans son fauteuil, casque sur les oreilles, et fondue parmi les autres passagers dont quelques-uns avaient basculé le dossier en arrière pour profiter du répit qu’il leur restait. Le train arrivait à 6h20 et à partir de là, le jour commencerait à se lever, le soleil laisserait s’échapper quelques rayons dans la brume hivernale et il serait plus difficile de s’abandonner aux bras de Morphée.
Céleste, elle, ne dormait pas. Elle était bien trop excitée. Elle n’avait pas envie de se prendre la tête. Elle allait le voir et puis on verrait bien. Peut-être qu’elle serait déçue. Peut-être pas. Mais au moins, elle serait fixée.
Arrivée à la gare de La Part Dieu, elle descendit à la hâte. Elle n’avait que peu de temps pour sa correspondance. La silhouette frêle se faufila parmi les autres et trouva enfin sa place dans le TGV. Aujourd’hui encore, Céleste se souvient. Elle était en fond de wagon et elle écoutait France Gall. La déclaration. Sa chanson préférée. Et entre les mots, elle s’imaginait déjà ses bras. Quand je suis seule et que je peux rêver…
Le trajet était long. Elle contempla les oreilles de Mickey à Marne la vallée, suivit des yeux un avion qui décollait à Charles de Gaulle. Le soleil était haut maintenant mais c’était un ciel gris qui accompagnait le voyage. Tant pis. Il y avait bien assez de soleil et de roses dans le cœur de Céleste pour consoler ce ciel triste.
Les murs de briques rouges commencèrent à s’inscrire dans le paysage. Le train s’approchait de la gare d’Arras et cette image lui resterait dans la tête à chaque fois qu’elle évoquerait ses premiers pas dans la région.
Sa traversée de la France touchait bientôt à sa fin. Bientôt, la gare de Calais l’attendait et avec elle, ce garçon qu’elle voulait tant.
Céleste en était sure. Elle avait fait le bon choix.
Et aujourd’hui encore, presque quinze ans plus tard, quand elle regardait sa fille se dandiner au milieu du salon et son mari dans la cuisine, elle ne doutait plus. Ce voyage avait changé sa vie et lui avait permis de rencontrer, cinq ans après Dorian, son homme idéal.


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