Pas un jour ne passe

TW : deuil

Quand le soleil se lève, que je le devine à travers les volets, quand mes yeux mi clos sommeillent, la nuit s’éteint. Le ciel se repeint. Dans le lit vide, le froid m’étreint. Mon regard s’ouvre. Enfin. Je fixe le plafond blanc. J’essaie de ne penser à rien. Ça évite de souffrir, je crois.

Les minutes s’égrènent. Revient la peine. Je me dresse. Je m’échappe des draps. La journée commence. C’est l’heure bleue. 

Mécaniquement, j’enfile mes vêtements préparés la veille. Un jean. Une tunique en coton noir. Une chaussette jaune et l’autre rouge. Je fuis la chambre. Je fuis tout court.

Une fois dans la cuisine, je me prépare un café. Et tandis qu’il s’écoule, mon regard se perd à travers la baie vitrée. Les oiseaux entonnent leurs refrains interminables. Je ne les reconnais pas mais ils sonnent comme une douce mélodie. Ils m’apaisent puis se taisent.

Presqu’un an que t’es parti. Ton souffle coupé, ton départ confiné, sans moi. La douleur a fini par m’anesthésier. Mais la gorge reste nouée et les mots souvent bloqués. Jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi? Je ne sais pas. Enfin, si peut-être. 

Je lis un récit familial. L’histoire d’un père et de son fils. L’histoire d’un chemin de vie. L’histoire d’une absence. L’histoire de silences. Leur histoire. Et ça me rappelle nous.

Papa, tu me manques tellement. 

J’avance alors que tu n’es plus et je me sens coupable. Coupable de ce cancer qui t’a rongé les os et que je n’ai pas vu venir. Coupable de continuer. Comme si de rien, vivre ce quotidien, respirer cet air qui n’effleurera plus ta peau.  

Papa, tu me manques, putain.

Je récupère ma tasse et la dépose sur la table du salon. Plus les mots viennent, plus ils m’écorchent les tripes. Faut qu’ils sortent de là. Faut qu’ils sortent à présent. Absolument. 

Tu savais m’écouter. Sans un mot, tu esquissais la solution à mes maux, quels qu’ils soient. Comment je vais faire maintenant ?

Enfoncée dans le dossier du canapé en cuir, je repense à la situation. À ce que nous vivons tous en ce moment. J’imagine les conversations sans fin qu’on aurait eues au téléphone, pour passer le temps. Ton oreille attentive, ta voix qui chante ou qui tonne. Je me serais figurée tes quelques cheveux blancs parmi ta tignasse noire, les quelques rides sur ton front, ton sourire. Surtout. Ton sourire. 

Pas un jour ne passe sans que je pense à toi.

J’attends tes conseils qui ne viennent pas. Je suis cassée, paumée, papa. Et tu ne me répareras pas cette fois. Je me fous bien d’être rafistolée. Je voudrais juste à nouveau être. Être moi. Ce serait un bon début. 

Je me lève. Dans le tiroir du buffet de la salle à manger, je prends une feuille blanche et un stylo. J’ai tant de rêves là, au bout des doigts. Des rêves qui se vivent, qui s’écrivent, l’esprit ailleurs. Des rêves qui n’ont plus envie d’attendre.


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